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Brèves de Source |
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Par Jeanne Houlon
Préface
Posture fantasque que celle du prof, acteur et spectateur tout à la fois, sur un fil en équilibre.
Elle, on l’appellera l’Alouette, elle en a la gaieté et la fragilité, Lalou pour les intimes. Eux, on leur donnera des noms d’oiseaux, de poissons ou d’autres animaux, pourquoi pas ?
Elle livrera quelques perles recueillies sur le fil en équilibre ou brisées, ce sera selon.
Elle a commencé par la littérature, en potassant Montaigne puis Rousseau, elle a trouvé cette phrase qui l’a interrogée toute sa vie de prof : « la plus grande, le plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation, ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre. » Education négative, à contre- temps, à contre courant, séduisant non quand on voit où nous mène notre rouleau compresseur éducatif, écraseur de créativité naturelle et diverse,des idées nouvelles dont nous aurions pourtant si besoin pour construire le monde ensemble sans suivre quelques élites solitaires peu solidaires , diffuseur d’une pensée unique, incapable de se sortir d’une interprétation restrictive de notre histoire.
Elle , l’Alouette, elle a beaucoup observé, s’appuyant sur les forces vives des oiseaux groupés, avant d’agir, de proposer et elle en a fait des découvertes…..
Là, elle commence par les surprises, les rigolades, après, à vous de voir…..cela versera peut-être en des pensées, des méditations, des aphorismes qui sait ?
Ah, les parents !
Autour des années soixante quinze, c’était pas mal non plus. Après huit jours de classe verte, Lalouette rentre, épuisée avec ses cinquante oiseaux à la gare de Lyon.
Certains parents sont en retard, d’autres attendent déjà leurs chérubins depuis longtemps, tous finissent par arriver, sauf un. L’oiseau , une mignonne petite bergeronnette de dix ans n’est pas du tout étonnée.
- C’est pas grave, je vais rentrer toute seule, clame t-elle.
Quant à Lalouette, son mari est venu la chercher. Et, lui non plus ne l’entend pas de cette oreille. Coup de fil, on tombe sur le père.
Une heure et demi après, il était chez nous, furieux mais nous, on avait gagné.
Ah , les parents !!!
La chèvre.
Encore un voyage, à Baugé cette fois. On s’y est pris trop tard pour aller à la mer mais c’est pas grave, on va visiter le beau pays angevin.
Les oiseaux sont ravis, pour la plupart, la mer, la montagne, ils connaissent mais la campagne, beaucoup moins ;
Et le pompon, c’est cette remarque émerveillée qu’elle n’oubliera jamais, Lalouette .
C’était un oiseau de dix ans, avec une aile plus courte que l’autre . Ca le rendait bougeant, pas facile mais là, à la campagne , il était heureux.
On va visiter une chévrerie et là, notre oiseau va trouver Lalouette et lui déclare solennellement :
Comme quoi……
La fenêtre.
Première année, elle revoit la salle. Les tables ne sont pas du tout alignées, lorgnant le prof sur son estrade, pas du tout. Elle préfère. Elles sont groupées, certains oiseaux tournent le dos, tout le monde s’affaire, il y a un coin bibliothèque avec des coussins, des boîtes avec des documents, un joli et joyeux bazar et pourtant, on est en quatrième. Lilette se promène d’un groupe à l’autre, répond, stimule, ça bourdonne, comment fait-elle ? Dehors, un vrai jardin avec de la boue et des arbres , les petits pataugent. C’est plutôt sympa.
L’heure du repas, des petites tables, des oiseaux en chausson qui servent, vont chercher les plats, débarrassent. On attend que tout le monde soit là pour commencer, que tout le monde ait fini pour partir. Les profs mangent avec les élèves, sinon, pas de repas .
Dans la salle des profs, un lit pour se reposer mais aussi Françoise la directrice qui demande des nouvelles de tel ou tel oiseau, elle les connaît tous, Marcelle qui raconte des histoires aux petits, Maryvonne, la maîtresse de maison qui s’inquiète que telle ou telle classe n’ait pas été correctement rangée, une vraie vie de maison avec ses bonheurs et ses astreintes aussi. Qui supporterait ça maintenant ? Elle se souvient de ce coup de fil, trois jours après la sortie des classes en Juillet : « Ta classe a été laissée dans un trop triste état, viens la ranger ».
Maintenant, il va falloir qu’elle se lance seule, mais pas tout à fait, Suzanne est là, toujours disponible pour l’aider, l’écouter prendre le temps avec elle, quel luxe ! Elle, c’est les maths, Lalou, c’est le français mais on s’organise ensemble, ça n’empêche pas. « C’est normal que les oiseaux chantent , bougent et fassent du bruit », ça décomplexe et, quand le projet proposé intéresse, il n’y a pas de problèmes. Pourtant, certains oiseaux en sont vraiment. Elle se rappelle celui là, en quatrième, oiseau d’une actrice célèbre. Mais c’est pas pour ça qu’elle s’occupait de son oiseau, c’est même plutôt pour ça qu’elle s’en occupait pas. A la place, elle l’avait mis ici pour qu’on s’en occupe . Mais lui, il ne l’entendait pas de cette oreille. Et un jour, voilà qu’il s’approche de la fenêtre et menace de sauter. Ca, elle s’y attendait pas. Elle a pas hésité, elle l’a attrapé à bras les ailes et on a fait autre chose. Mais pour mettre la main sur la mère,ça a été une autre affaire. Quant au père, mystère, disparu.
D’ailleurs la mère, elle a rien compris, toute célèbre qu’elle était puisque le pauvre oiseau s’est retrouvé en pension l’année d’après.
La gifle.
Voyage de classe à Pierrefonds, elle s’en souviendra longtemps. D’abord le lieu , c’est sûr, aujourd’hui, on ne l’envisagerait même pas. Une grande bâtisse, genre château, tenue par un curé fou qui s’est installé dans une tente montée sur le palier du grand escalier pour laisser la place aux oiseaux. Comme ça aussi, il voit tout, il surveille tout et pousse par moments des gueulantes mémorables, histoire de se faire la voix sans doute. Des chambres pas du tout aux normes mais majestueuses, deux mètres sous plafond mais question confort, on verra plus tard.
Elles sont parties avec Marie et une classe de quatrièmes plutôt remuants, c’est le moins qu’on puisse dire. Il s’agit de faire une étude de milieu, visiter des fermes, étudier la faune, la flore. On dessine, on écrit, on calcule, mais aux champs.
Le travail terminé, le grand jeu consiste à faire sortir de ses gonds le pauvre curé , et ce n’est pas difficile .
Le parc est immense, on s’ébat, on se bagarre aussi. Et oui ! la violence n’est pas un phénomène si nouveau que cela. A un moment, ça devient même dramatique, deux gaillards en viennent aux mains, ils vont se tuer si ça continue. Lalou fait une tête de moins. Elle tente de les raisonner, les séparer, rien à faire. Le déséquilibre entre les combattants est manifeste, c’est un aigle de quatorze ans qui s’abat sur un moineau . A bout d’arguments, sans réfléchir, Lalou s’approche de Goliath et lui retourne une belle gifle. Médusé, il s’arrête net, il n’aurait jamais cru.
Pendant tout le reste du voyage, on ne l’entend plus, il se fait tout doux, l’aigle.
Dix ans après, dans les rues de Versailles, au bras de son mari, en direction du cinéma, un jeune homme se dirige vers Lalou (il lui dit quelque chose mais elle en a tant vu passer), l’embrasse sur les deux joues et lui dit :
- Ah oui ! (Vague souvenir, à cette époque, on n’en faisait pas toute une histoire.)
Allez savoir…..
Le couteau.
Cinquième année à La Source. Lalou a l’impression qu’elle maîtrise de mieux en mieux les situations. Et pourtant….
Toujours en quatrième, à cette époque, c’est la classe de l’adolescence (maintenant, c’est beaucoup plus tôt), donc la classe « dure ». Et cette année, ils sont corsés, les oiseaux, une majorité écrasante de garçons qui devraient plutôt être dehors à faire du sport ou s’essayer au travail manuel qu’entre les quatre murs d’un école, même si celle-ci est active et nouvelle.
(Les élèves devraient avoir droit à une année externée pour se faire les dents à l’aune du réel. On résoudrait bien des problèmes ainsi mais, allez faire bouger l’animal préhistorique !)
Notre oiseau donc, fils d’un boucher des environs se battait les ailes de toute recherche ou préoccupation intellectuelle. Sans doute se sentait-il agressé par ses camarades qui lui proposaient, en bonne logique dans une école, de faire un peu quelque chose. Toujours est-il qu’un jour Lalou, passant à côté de lui pour l’inciter une fois de plus à s’y mettre, aperçoit dans son cartable ouvert, un objet coupant et brillant, sans doute destiné à la cour de récré. Même dans une école nouvelle, il est interdit d’apporter des armes. Lalou se saisit de l’objet, elle le remettra en main propre à ses parents, dit-elle.
Furieux, notre oiseau se saisit d’une chaise, la brandit en l’air et en menace Lalou. Celle-ci, un peu troublée sort de la classe, entraînant derrière elle le trublion, brandissant toujours sa chaise. Elle descend l’escalier jusqu’au bureau du directeur. Heureusement, celui-ci est là et disponible. Elle entre assez précipitamment, jetant sur le bureau le couteau. A lui maintenant de maîtriser notre oiseau, ce qu’il fait sans problème (ce n’aurait pas été le cas de Lalou).
Lalou remonte en classe, elle trouve tous les oiseaux en effervescence, les calme et au travail…
Quant à Yves, le directeur, il convoque sur le champ les parents, furieux d’être dérangés dans leur lucratif travail. Priés de venir chercher leur rejeton, il s’entendra dire, stupéfait : « Il faut bien qu’il se défende ».
Pourtant, le lendemain, notre oiseau revient en classe, sans couteau, on s’explique et on n’en parle plus.
Surprise.
Tout de même, on en voit de drôles d’oiseaux. Celui là, c’était l’oiseau d’un célèbre psy. En quatrième, elle s’en souvient. Il était spécial, refusait de travailler en groupe, ce qui ne simplifiait la vie de personne, d’autant qu’il ne fichait pas grand chose. C’était plutôt le style au fond de la classe, près du radiateur. NE PAS DERANGER. Un jour, il arrive, plus joyeux que d’habitude.
Elle s’étonne, il se met au travail. Surtout, elle n’intervient pas, elle laisse faire.
Il a un pantalon large avec de grosses poches. Périodiquement, il met sa main dans sa poche, il a bien le droit, du moment qu’il travaille….
La classe bourdonne, comme d’habitude, on vient poser des questions, on avance en fonction du projet de travail défini au début de la semaine.
C’est l’heure de descendre en récré et là, surprise, surprise….
Voilà notre oiseau qui sort un sac de sa poche et qu’est-ce qui sort de ce sac ?
Une belle couleuvre verte, elle glisse sur sa table, s’enroule tranquillement !
Affolement des autres oiseaux qui prennent peur, volètent dans tous les sens. La bête effarouchée s’échappe. Notre oiseau, pas du tout inquiet, la rattrape, la calme et la remet dans le sac. C’est sa mascotte, c’est sa copine. Voilà pourquoi il était heureux aujourd’hui.
Il est tout de même prié de la laisser à la maison le lendemain. Le voilà à nouveau taciturne.
Lalouette par la suite, elle en a vu des ados qui apportaient leur rat dans leur poche. Mais là, un serpent, ce fut une surprise.
Les bottes.
Cette année là, cinquante oiseaux à l’abbaye de Blanchelande, dans le fin fond du Cotentin, pays de Barbey d’Aurevilly, de la magie dans les marais, des sorcières.
Hier, un vieux normand est venu raconter des histoires de sorcellerie justement à la veillée, danses de feux follets dans les cimetières , ombres que l’on voit passer dans les marais, mystérieuses, inquiétantes, sables mouvants . Vous imaginez la nuit de nos oiseaux après, les histoires se poursuivent, on s’amuse à se faire peur.
Justement, dans le parc de l’abbaye, il y a un moitié étang, moitié marais. Tout le monde est prévenu, c’est dangereux, il ne faut pas y aller, pourtant, pourtant… le lendemain :
Heureusement, elle est encore jeune, sprint immédiat, laissant tous les autres oiseaux en plan.
Ca y est, elle l’aperçoit :
Par bonheur, il n’a pas été loin avant de s’enfoncer. Elle le saisit, prenant appui sur une branche tombée. Elle le traîne, ouf, sauvé, mais les bottes y sont restées.
Les chaussettes.
Ah les voyages de classe, la situation « école nouvelle » idéale ! Fernand Buisson le disait déjà. Maintenant, les règlements sont tels que cela devient un sacerdoce pour les profs. Il était bon le temps où les oiseaux et leurs parents faisaient confiance, simplement, confiance en la vie plus qu’aux assurances, confiance en la nécessité de changer de contexte, de crémerie.
Là, pour que ce soit moins cher, on avait entrepris, avec une maman (qui avait adopté deux oiseaux perdus dans la foule guerrière au Cambodge), d’aller en train et de faire à pied, avec quarante z’oiseaux , les huit kilomètres qui nous séparaient de la maison du gardien du château de la Ferté St Aubin (mais oui, madame) où nous devions loger . Pas de problème, ça râlait bien un peu mais on avait des goûters et l’envie de partir et de découvrir était plus forte .
Là bas, Monique Paulette et Marie nous attendaient. Monique, fallait voir, c’était elle qui connaissait la châtelaine et avait dégotté le coin. Prof de travaux manuels, typique de l’école nouvelle selon Ferrière, en revanche, pour ce qui était de faire la cuisine (et on n’avait peur de rien, on faisait aussi la cuisine, avec les oiseaux bien sûr, c’est tellement formateur !) y fallait repasser. Heureusement, y avait Paulette, un autre genre « école nouvelle » , elle, elle savait tout faire, même la cuisine. Elles avaient apporté l’intendance et , le premier soir, on avait de la salade.
Alors là,( preuve qu’on devrait s’occuper d’apprendre la cuisine aux enfants), Lalouette demande à celui qui était de service, de la laver et de l’éplucher et, surprise, il fait couler de l’eau dans le lavabo (jusque là, pas de problème), il prend la salade par la queue et la trempe directement dedans. Remarquez, pour secouer après, c’est plus commode mais, question lavage, y a mieux. Monique trouvait ça assez efficace, finalement, elle en aurait peut être fait autant.
Mais ce n’est pas là que je veux en venir. Le clou du voyage, ce fut l’épisode des chaussettes. Je suis sûre que les oiseaux, maintenant qu’ils ont eux mêmes des oisillons, en rient encore, j’espère, le racontent à leurs enfants qui le raconteront à leurs enfants et ainsi de suite. Voilà, Monique avait décidé que, pour remercier, nous devions, une fois dans le séjour, rendre visite à son amie la châtelaine.Ca n’enchantait ni les oiseaux ni Lalouette mais enfin…. politesse obligeait à cette époque. Alors, on a repoussé le plus qu’on a pu et, à la fin du séjour, après une expédition découverte pour observer la faune et la flore de la Sologne (au moins cinq kilomètres dans les pattes), nous fûmes attendus pour la visite au château.
Quarante oiseaux entre dix et douze ans, ça piaille pas mal et les voilà qui montent le grand escalier. On sonne, on nous ouvre, entrée avec des têtes de cerfs accrochées aux murs (un peu style fondation Pinault à Venise, sauf que là, on voyait les têtes), tapis au sol .Le châtelaine s’avance, très digne, s’avance vers son amie Monique.
Mais, oh idée catastrophique, voilà Monique qui réplique :
Lalouette effarée, imaginant déjà l’état des chaussettes en dessous et l’odeur après huit jours de balades :
Et voilà nos oiseaux, en train de délacer leurs godasses….. Une suave odeur de pieds mouillés, de ranci, s’exhale dans l’atmosphère.
Mais, comme ce beau monde est très poli, on ne relève pas et un sirop de cassis avec petits gâteaux est distribué au milieu de cette puanteur.
Les tapis ont du s’en souvenir un moment, nous aussi. Quant à Monique, elle ne s’en est même pas aperçue.
Les rendez-vous de parents.
Exercice difficile qui mériterait une sérieuse formation.
Là, c’est un style de rendez-vous beaucoup plus fréquent qu’on ne le dit : le règlement de comptes.
L’oiseau , il en est peu question finalement, Lalou voudrait bien pourtant. C’est l’oiseau d’un célèbre sculpteur, son ex-femme qui s’occupe des enfants l’a traîné là.
- Tu peux t’en préoccuper un peu, quand même !
Lalou essaye de revenir au sujet :
Lalou n’en sait rien, en fait.
Ca piétine, ça tourne en rond, sans issue possible, chacun ressasse ses griefs, se sert du rendez vous pour dire ce qu’il n’ose pas dire en direct. Et encore, j’en passe.
Lalou suggère qu’ils se parlent un peu avant un prochain rendez vous et propose quelques pistes d’aide à leur oiseau.
Peine perdue, ils ne reviendront jamais et Lalou se débrouillera toute seule. Heureusement, l’oiseau n’était pas là pour assister à l’empoignade…. D’autres oiseaux ont dû la subir, comme des ballons de rugby entre deux adversaires.
Les vipères.
Il fait un temps superbe.
Lalouette a cette fois emmené cinquante joyeux oiseaux à la montagne au début de l’été pour observer fleurs et papillons, avec cinq profs pour l’aider . Il s’agit de les déterminer, les dessiner, les décrire. On prend aussi des photos et le soir, on s’amuse bien.
Aujourd’hui, c’est une grande excursion. En redescendant, on visitera une ferme qui fabrique de reblochons, dans le train du retour, ça sentira bon. Mais avant, on marche, on marche, on s’arrête pour dessiner, rêver. On grimpe, on grimpe tant qu’on aperçoit soudain des névés. Magnifique !!!
-Dis, Lalouette, on peut aller jouer dans les névés.
Pendant ce temps, nous, on est tranquille et on souffle un peu.
Tout à coup, un cri strident :
Et on a ramené chaque oiseau, un par un, dans les bras, jusqu’au chemin.
Après, on s’est renseigné au village.
Pas nous. L’aspivenin était dans les sacs à dos mais, heureusement on n’a pas eu à s’en servir. Le soir quand même, entre adultes, on s’est exercé…..
Vivent les classes vertes.
L’escapade.
Séminaire de révision du bac : soixante quinze oiseaux ados à faire travailler pendant quatre jours, histoire de leur montrer que c’est possible d’abord, qu’on n’en meurt pas et tout et tout. Elles sont deux à porter ça à bout d’ailes, aidées par d’anciens élèves qui font de brillantes études de Lettres. Toute la journée, ça carbure, en ateliers, petits effectifs qui permettent de poser les problèmes, de les résoudre. C’est bon aussi pour les oiseaux ados de se rendre compte qu’on peut se passionner pour la littérature, même quand on est jeune et puis, les « anciens », il n’y a pas si longtemps qu’ils ont passé leur bac, c’est encourageant « we can doo it »…Le soir, on fait du théâtre , on improvise, on se découvre des dons insoupçonnés, on joue même avec les profs et ça, c ‘est une autre façon de se connaître qui remet les choses à leur place et ouvre bien des portes.
Ce soir, après le dîner et après le théâtre, les deux hirondelles meneuses de toute cette histoire prennent un peu l’air dehors. Il est déjà onze heures, les oiseaux sont couchés, enfin, ils sont censés dormir, on y croit. Pourtant, c’est calme ce soir. Nos hirondelles se félicitent :
Le centre est situé en grande banlieue parisienne, non loin de Roissy. On entend les avions, mais pas les oiseaux.
Elle est inquiète (comme souvent, presque toujours même). Elle grimpe vers les chambres, tout doucement, pas un bruit. Elle ouvre timidement une chambre : vide, une deuxième : vide, une troisième : vide…. Les oiseaux se sont envolés, filles et garçons. Et là, l’angoisse commence, ils ont fait la malle, ils se baladent dans des bois mal famés. Les filles vont se faire violer. Michèle tente de calmer Lalouette :
Pourtant, elle n’en mène pas large non plus. Du coup, on sort de centre, il y a une petite route qui descend, on la prend, personne, on remonte, on redescend , deux fois, trois fois. Au bout de la troisième fois, on perçoit une rumeur joyeuse. Ce sont eux, dans quel état sont-ils ?
Rigolades !
La décharge nerveuse produit une belle engueulade parfaitement inefficace :
C’est ça aussi, les séminaires de révision !
On a eu l’inspecteur !
Grande affaire : l’inspecteur est dans nos murs. Parce que les écoles nouvelles comme la nôtre sont plutôt dans le collimateur, d’habitude. Des oiseaux qui travaillent en groupe, ça fait du bruit, la pédagogie, c’est connoté louche.
Là, elle est encore innocente mais elle a un peu peur tout de même, d’autant que Françoise, la directrice, flippe carrément, elle. Alors, comme la maîtresse dans le « Petit Nicolas », elle sermonne doucement les oiseaux.
L’inspecteur arrive dans la classe, mais non, c’est une inspectrice , avenante ouverte. Elle circule entre les oiseaux, les regarde travailler, évoluer, leur pose des questions astucieuses. Forcément, après le sermon un peu coincé qu’ils ont reçus, les oiseaux sont tendus, intimidés mais ils répondent tout de même, gentiment. Contre toute attente, l’inspectrice est très intéressée par l’organisation du travail, de la classe. Elle trouve cela actif, efficace de ce fait. Elle se demande seulement pourquoi les oiseaux ne bougent pas de leur place. Elle a compris qu’ils en ont l’habitude et trouverait cela très bien, beaucoup plus naturel.
Allez savoir… Si tous les inspecteurs étaient comme ça et ne centraient pas tout sur un sacro saint autoritarisme de surface qui bloque le développement, quel bonheur pour les oiseaux, quel encouragement pour les professeurs, quelle formation possible…..
Dehors, à la porte, Françoise tremble, sans raison pour une fois.